L0xy M0re

Jun 21

Je suis une île

On dit qu’il est impossible de se mentir à soi-même, on dit que la mauvaise foi reste malgré tout la foi en quelque chose, et qu’on ne peut jamais accepter de scinder sa conscience. On dit aussi que « Je est un autre », que le cuivre qui devient clairon n’a pas conscience de sa transformation.

Alors pourquoi tu t’entêtes à me mentir ? Tu refuses de t’avouer ce que tu me montres chaque jour, à mi-mots, ce que tu montres à tous sans vouloir te l’avouer. Tu dis que tu es une île que personne ne saurait pénétrer, une jungle hostile où il ne fait pas bon poser ses valises. Et pourtant tu les appelles ces valises. Et pourtant tu refuses de rester seul. Et pourtant la simple idée de passer une autre soirée face à toi-même te dégoûte. Alors tu cherches ailleurs, tu poses des jalons pour pouvoir passer plus de temps avec d’autres. Tu cherches des substituts de présence, des ersatz de compagnie, et pense ainsi multiplier les ouvertures sans jamais pénétrer quoi que ce soit. Tu dis que le seul moyen de te toucher c’est par le biais des caresses que l’on te donne, que le seul moyen de te rencontrer vraiment c’est par la sexualité. D’ailleurs, tu dis même que le sexe c’est tout ce que tu as offrir. Rien d’autre. Du sexe et un bon moment, bref et éphémère… bref.

Mais tu ne sais pas mentir. Ni à moi, ni même à toi. Tes caresses ne sont pas celles de celui qui se perd dans le délire des sens, elles sont celles de celui qui veut se prouver quelque chose. Avec toi rien n’est récréatif, ou ludique… tout n’est que tensions… tout ce que tu donnes c’est ce refus de t’avouer que non, tu n’es pas un Don Juan, que non tu ne pourras jamais multiplier les conquêtes et ouvrir ton lit à d’autres. Ton lit, il ne se partage pas… et d’ailleurs il n’est pas partagé. C’est un lit deux personnes, et vous êtes déjà deux.

Alors pourquoi tu t’entêtes à lui mentir ? Tu l’aimes, admet le et cesse ce jeu malsain de l’indépendance et du refus de l’autre. Accepte cet état de fait.

Et ne reviens pas vers moi.

                                                              Ailleurs, le 16 juin 2010.