L0xy M0re

May 24

Vivre à l’hôtel

Montre-moi où tu vis, je te dirai qui tu es.

Bien ancrée dans mon petit studio du 5e depuis 5 ans, tout ici est pensé comme si je devais partir demain. Si une catastrophe devait s’abattre sur Paris, je peux évacuer les lieux en moins de 12h, jeter mes affaires dans quelques cartons, et partir sans me retourner. Douze heures, montre en main et pauses clopes incluses, l’ensemble de ma vie ici tient dans 6 cartons, pas un de plus.

Rien n’est fait pour qu’on puisse se dire « quelqu’un vit ici ». Ici ce n’est qu’un lieu de vie. Ni photo, ni bibelot. Les murs blancs jaunissent uniformément au rythme des cigarettes écrasées dans le cendrier.

Seul signe extérieur de sociabilité, les bouteilles d’alcool bien rangées dans un placard qui est une honte à la sobriété. Du whisky pour les garçons, du muscat pour les filles, et du champagne pour ceux que j’aime.

Ici il n’y a que le strict nécessaire : Radiguet, Sade, Goethe et Baudelaire. Quelques papiers et surtout rien qui puisse m’encombrer. Sauf les chaussures, bien sûr. Une quinzaine de paires. Autant de bottes de sept lieues qui me promènent à travers la ville, mais qui me ramènent toujours ici, sans même y penser.

Ici, où l’armoire n’est qu’à moitié pleine, où un rayonnage reste toujours vide au cas où tu veuilles y poser quelques affaires, pour une durée plus ou moins déterminée. Que tu prennes du thé, du café, du chocolat, avec ou sans sucre, tu auras au moins ton petit-déjeuner. Servi au lit. Toujours. Le room-service est compris.

Et en guise de livre d’or, il y a mon petit carnet noir.