L0xy M0re

Apr 29

@Guillaume_Satan

Quand @Guillaume_Satan a voulu boire un verre avec moi, j’étais en colère tu vois, je lis pas ses articles mais il m’énervait, je savais pas pourquoi, et quand j’ai parcouru sa timeline j’ai compris. @Guillaume_Satan c’est quelqu’un de sûr de lui, quelqu’un qui n’a jamais connu la souffrance de la banlieue, la douleur de l’exclusion. @Guillaume_Satan c’est quelqu’un qui ne sait pas ce que c’est la vie et pourtant @Guillaume_Satan c’est quand même quelqu’un qui pense pouvoir nous en montrer.

Alors, @Guillaume_Satan j’avais pas envie de le rencontrer. Alors je tirais sur ma clope en l’attendant, parce que @Guillaume_Satan c’est quelqu’un qui se fait désirer, qui se fait attendre, il se croit tellement important qu’il peut arriver en retard. Et putain, ça me donne envie de hurler que le respect ça s’apprend pas dans une école. Non, le respect, ça s’apprend dans la rue, mais ça @Guillaume_Satan ne le sait pas, il passe de son loft du 5e arrondissement à sa voiture avec chauffeur sans même un regard pour les gens qui l’entourent.

Et finalement, il est arrivé. Je l’ai reconnu tout de suite, avec son air suffisant, il s’habille comme il est @Guillaume_Satan, il est tout en noir. Je lui montre que je l’ai vu, et lui il ne me reconnaît pas. Parce que @Guillaume_Satan il ne se voit que dans le regard des autres, alors forcément, il me reconnaît pas parce que ce n’est pas lui que je regarde en jetant ma cigarette, ce que je regarde c’est le vide que l’on peut lire dans ses yeux perdus. Il me dit : « Tu es @Loxy_More ? ». Comme si il ne savait pas qui j’étais. Rien que sur cette phrase, j’ai envie de partir. Tu vois, le respect c’est de savoir reconnaître l’autre, pas de lui demander qui c’est.

Mais comme mon RER est dans 1h, je reste. Je me dis qu’au pire @Guillaume_Satan pourra écouter un peu tout ce que j’ai à lui dire. Il s’installe et il commande un whisky, sec. Comme ses yeux quand je lui parle de la souffrance d’être femme. Il boit son whisky et il me parle de son blog, de sa vie, de lui, de ses rencontres. @Guillaume_Satan parle de lui comme on parle de massage péri-anal, il pense que c’est ça qui va provoquer la jouissance.

Et puis @Guillaume_Satan me demande de lui parler de moi, cet acte altruiste m’a scotchée tu vois. Parce que ça, je m’y attendais pas.

Alors je me surprends à lui raconter un peu de moi, un peu de mon âme, un peu de tout. Et je le surprends à m’écouter. En fait @Guillaume_Satan c’est quelqu’un qui écoute, si il parle d’abord c’est pour qu’on baisse sa garde, et finalement je m’aperçois qu’en fait @Guillaume_Satan c’est quelqu’un qui aime partager avec les gens. C’est un jeune plein de goût pour la vie, l’avenir. Il s’en fout @Guillaume_Satan de savoir qui est en face de lui, ce qui est important pour lui c’est de ne pas oublier la personne une fois qu’elle s’est arrêtée dans sa vie. Dans le fond, c’est quelqu’un qui a peur de devoir s’arrimer aux autres, et c’est pour ça que @Guillaume_Satan il prend pas le temps de regarder autour de lui. Alors il m’explique son père, son héros, sa mère, sa bataille.

Ca fait plus d’une heure qu’on discute, et j’ai raté mon RER. Mais j’ai envie de me sentir encore prise par les tripes comme ça, remuée au plus profond de moi, comme si tout ce mal être que je déverse dans mes phrases s’évaporait dans son écoute attentive, et son rire enfantin. En fait @Guillaume_Satan n’est pas une rencontre, @Guillaume_Satan c’est un ami que j’ignorais pouvoir connaître un jour, tu vois.

A Paris, le 20 mars 2010.


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