L0xy M0re

Jul 1

Dans tes bras

On dit que c’est une belle manière de se perdre que de se perdre dans les bras l’un de l’autre.

Et toi quand tu es dans ses bras tu te perds encore et toujours, tu sens le temps qui s’arrête, tu respires le doux parfum du bonheur. En quelques secondes tu es perdue… comme frappée d’amour tu tombes dans ses bras.

Encore et toujours tu comptes les secondes, la première est toujours celle qui t’effraie le plus, celle où tu te demandes comment ça peut se finir, comment ça peut commencer… tu devines dès cette seconde le fil de ton coeur qui te ramène inlassablement au sien, encore.

Encore et toujours tu comptes les secondes, la seconde est toujours celle qui te fait oublier les promesses, celle où ta tête s’envole vers le ciel tandis que ton coeur descend aux enfers… tu sais à cette seconde que le bonheur est dans la pente, encore.

Encore et toujours tu comptes les secondes, la troisième est toujours celle qui te renvoie à sa chair, tu sens ton corps se serrer plus prêt contre lui, ta bouche qui cherche son cou pour l’emmener avec toi dans ce voyage interminable… tu comprends à cette seconde que le temps n’existe pas encore.

Encore et toujours tu comptes les secondes, celles qui suivent sont toujours éternelles et infinies, celles où tu es définitivement perdue alors que tu n’es plus ni un corps, ni un esprit, ni un coeur… tu espères à cette seconde n’être plus rien puisque vous êtes tout, jusqu’à la prochaine, encore.

Encore et toujours tu comptes les secondes, la dernière est toujours celle qui te libère, celle où tu desserres ton étreinte pour le regarder dans les yeux, et sentir qu’une fois encore l’union se fait alors que vous devez vous séparer… et sentir qu’une fois encore tu as tout inventé dans ses bras.

Jusqu’à la prochaine.

                                                                          A Paris, le 27 juin 2010


Jun 21

Je suis une île

On dit qu’il est impossible de se mentir à soi-même, on dit que la mauvaise foi reste malgré tout la foi en quelque chose, et qu’on ne peut jamais accepter de scinder sa conscience. On dit aussi que « Je est un autre », que le cuivre qui devient clairon n’a pas conscience de sa transformation.

Alors pourquoi tu t’entêtes à me mentir ? Tu refuses de t’avouer ce que tu me montres chaque jour, à mi-mots, ce que tu montres à tous sans vouloir te l’avouer. Tu dis que tu es une île que personne ne saurait pénétrer, une jungle hostile où il ne fait pas bon poser ses valises. Et pourtant tu les appelles ces valises. Et pourtant tu refuses de rester seul. Et pourtant la simple idée de passer une autre soirée face à toi-même te dégoûte. Alors tu cherches ailleurs, tu poses des jalons pour pouvoir passer plus de temps avec d’autres. Tu cherches des substituts de présence, des ersatz de compagnie, et pense ainsi multiplier les ouvertures sans jamais pénétrer quoi que ce soit. Tu dis que le seul moyen de te toucher c’est par le biais des caresses que l’on te donne, que le seul moyen de te rencontrer vraiment c’est par la sexualité. D’ailleurs, tu dis même que le sexe c’est tout ce que tu as offrir. Rien d’autre. Du sexe et un bon moment, bref et éphémère… bref.

Mais tu ne sais pas mentir. Ni à moi, ni même à toi. Tes caresses ne sont pas celles de celui qui se perd dans le délire des sens, elles sont celles de celui qui veut se prouver quelque chose. Avec toi rien n’est récréatif, ou ludique… tout n’est que tensions… tout ce que tu donnes c’est ce refus de t’avouer que non, tu n’es pas un Don Juan, que non tu ne pourras jamais multiplier les conquêtes et ouvrir ton lit à d’autres. Ton lit, il ne se partage pas… et d’ailleurs il n’est pas partagé. C’est un lit deux personnes, et vous êtes déjà deux.

Alors pourquoi tu t’entêtes à lui mentir ? Tu l’aimes, admet le et cesse ce jeu malsain de l’indépendance et du refus de l’autre. Accepte cet état de fait.

Et ne reviens pas vers moi.

                                                              Ailleurs, le 16 juin 2010.


Jun 18

Private-Tweet

Private-tweet : tweet destiné à une seule personne publié sur la TL sans mention du destinataire. Forme de discours tendant à laisser croire à la personne concernée qu’elle est spéciale et a un statut particulier.

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May 24

Vivre à l’hôtel

Montre-moi où tu vis, je te dirai qui tu es.

Bien ancrée dans mon petit studio du 5e depuis 5 ans, tout ici est pensé comme si je devais partir demain. Si une catastrophe devait s’abattre sur Paris, je peux évacuer les lieux en moins de 12h, jeter mes affaires dans quelques cartons, et partir sans me retourner. Douze heures, montre en main et pauses clopes incluses, l’ensemble de ma vie ici tient dans 6 cartons, pas un de plus.

Rien n’est fait pour qu’on puisse se dire « quelqu’un vit ici ». Ici ce n’est qu’un lieu de vie. Ni photo, ni bibelot. Les murs blancs jaunissent uniformément au rythme des cigarettes écrasées dans le cendrier.

Seul signe extérieur de sociabilité, les bouteilles d’alcool bien rangées dans un placard qui est une honte à la sobriété. Du whisky pour les garçons, du muscat pour les filles, et du champagne pour ceux que j’aime.

Ici il n’y a que le strict nécessaire : Radiguet, Sade, Goethe et Baudelaire. Quelques papiers et surtout rien qui puisse m’encombrer. Sauf les chaussures, bien sûr. Une quinzaine de paires. Autant de bottes de sept lieues qui me promènent à travers la ville, mais qui me ramènent toujours ici, sans même y penser.

Ici, où l’armoire n’est qu’à moitié pleine, où un rayonnage reste toujours vide au cas où tu veuilles y poser quelques affaires, pour une durée plus ou moins déterminée. Que tu prennes du thé, du café, du chocolat, avec ou sans sucre, tu auras au moins ton petit-déjeuner. Servi au lit. Toujours. Le room-service est compris.

Et en guise de livre d’or, il y a mon petit carnet noir.


May 14

La fille de passage

La première impression est souvent la bonne… mais la bonne pour qui ? Pour celui qui la reçoit ou pour celui qui la donne ? Toute impression est affaire de partage et de fantasme, on projette un peu de ce qu’on attend sur l’autre, et vice-versa, si bien qu’au final l’impression n’est rien de plus qu’un pâle reflet de ce que nous sommes et de ce que nous voulons que chacun pense que l’on est. S’ouvrir au premier rendez-vous c’est parfois impudique, souvent un peu vulgaire, et désespérément factice.

Alors tu ne t’ouvres pas au premier rendez-vous, ni au second, ni même au troisième. Tu finis par être la fille de passage, celle qui ne laisse qu’une impression plus ou moins nette.

Être la fille de passage, c’est un peu être celle dont on se souvient mais qu’on ne remet pas toujours, c’est être celle qui partage vos draps une nuit et qui disparaît dans la nuit ou au petit matin, sur un sourire et un « à bientôt » énigmatique, parfois sincère, mais souvent sans conséquence.
Être la fille de passage c’est être la fille sans conséquence, c’est être celle qui ne s’accroche pas et qu’on n’arrive jamais à retenir.
Être la fille de passage, c’est croire pendant longtemps que le gens qui t’entourent, eux, ne sont que des gens de passage. Tu les observes de ta place bien établie au fond de toi, sans même te rendre compte que tu avances, que tu bouges… ce n’est pas le paysage qui défile depuis la fenêtre du train, c’est bien toi qui roule à toute vitesse.

Ce n’est pas l’autre qui passe et tourne les talons, c’est toi qui prends tes jambes à ton cou et qui as érigé la fuite en avant en art de vivre. Mais parfois, tu aimerais bien poser un peu ton coeur.


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