L0xy M0re

Aoû 20

Elle aurait pu s’appeler Mahaut…

Elle aurait eu mes yeux, bien sûr. Mais elle aurait surtout eu ton nez, cet appendice que tu détestes autant que je l’aime… quand tu le glissais dans mes cheveux. Bien sûr, Mahaut c’est peu commun et tu aurais été un peu difficile à convaincre au début… mais on ne pouvait pas l’appeler Joelle. Bien sûr, on y aurait pensé.
Pour elle tu aurais fait tous les sacrifices que je n’ai jamais voulu te demander. Y compris accepter qu’on l’appelle Mahaut.

Elle aurait pu s’appeler Mahaut et elle aurait du naître le 25 août. Elle aurait été Vierge… Et ça nous aurait fait rire.

Bien sûr, personne n’a su. Toutes ces années j’ai vécu notre histoire toute seule. Je devais le vivre seule, une fois encore. Bien sûr, j’avais essayé d’évoquer cette possibilité mais c’était sans savoir. Bien sûr, je plaisantais sur le comble du comble de l’histoire déçue… Bien sûr, j’étais morte de trouille. Jusqu’à ce que j’ai besoin d’être sûre.

C’était le lendemain de Noël, un beau présage pour n’importe qui d’autre. Pour ces gens qui vivent leur histoire à deux. À peine avais-je refermé le capuchon que je voyais apparaître ce trait si pâle et si terrible, ce couperet. Bien sûr, j’ai attendu les 3 minutes règlementaires. Et même 5 minutes. Ces minutes où j’ai vu qu’elle aurait eu mes yeux et ton nez. Où j’ai pensé à Joelle puis à Mahaut. Où je t’ai vu père. Ces minutes de délire où je pouvais encore faire semblant de vivre notre histoire toute seule. Juste 5 minutes encore, encore 5 minutes avant que le couperet ne s’abatte.

À qui le dire ? Un 26 décembre j’avais déjà eu de la chance de trouver une pharmacie ouverte. La pharmacie familiale, juste en face de la maison.
À qui m’ouvrir ? Je vais passer pour une irresponsable.
« Mais tu prends pas la pilule ! »
Bof. La pilule quand on vomit tout ce qu’on avale c’est un peu surfait.
« Mais vous vous êtes pas protégés ! »
Je voulais vivre notre histoire à deux. Juste quelques minutes. Sentir que je n’étais plus toute seule dans notre histoire.

Bien sûr, j’ai tenu bon sans faire tomber mon masque. Jusqu’au soir. Une fois la nuit tombée on a besoin de savoir si c’est réel… Une fois la nuit tombée, je n’ai pas pu lui cacher. Lui qui était juste en face de moi ce 26 décembre dans la pénombre du salon… Prononcer ces quelques mots et sentir le poids de la réalité. Juste une fois, prononcer ces trois mots :
« Je suis enceinte.
- X…?
- Oui…
- Et tu…
- Je peux pas. Pas maintenant. Je commence un nouveau boulot. Je peux pas. »
Le pragmatisme. Comme toujours, ma seule porte de sortie. Avancer des arguments de bon sens et surtout ne pas avouer qu’on vit une histoire toute seule.
Le pragmatisme…

Et l’humour.
« Et puis je ne peux pas accoucher une semaine avant ton mariage. Je veux pas voler la vedette à la mariée. »
Il n’a pas ri. Mais j’aurai essayé.

Bien sûr, j’ai fait ce qu’il fallait. Appelé la clinique, pris rendez-vous… le 30 décembre. Expliqué que c’est pas le moment. Que je n’ai pas les ressources nécessaires… Et que je vis une histoire toute seule. Que tu ne m’aimes pas. Qu’une fois de plus tu l’as choisie. Qu’une fois encore tu m’as laissée vivre notre histoire toute seule.

Bien sûr, j’ai gardé le masque. Sourire quand tu nous transportes en Italie. Sourire quand tu m’offres notre chambre et cet enfant pour mon anniversaire. Sourire, quand même. Et quand tu me serres dans tes bras ce soir là imaginer que je te murmure :
« Tu vas être papa. »
Laisser les mots au fonds de ma gorge et rester là… dans tes bras. Ces cachets au fonds de mon sac que je t’imagine jeter quand tu me dirais « Je veux vivre notre histoire avec toi. »
Entendre la voix de mon frère qui me dit qu’il faut te l’avouer. Mais continuer de garder au fond de la gorge toutes ces phrases qui me font tant de mal.
« Je t’aime. Tu es mon évidence. Je veux vivre notre histoire avec toi. »

Les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. Vomir toutes ces phrases qu’on ne dira jamais. Dans la fièvre de cette nuit de janvier… penser à Mahaut. Jusqu’à ce que la fièvre tombe. Bien sûr, je saigne encore. Bien sûr, j’ai fait ce qu’il fallait.

Reprendre sa route et te perdre en chemin. Jusqu’à ce jour d’avril où la douleur est trop forte. Où le manque est trop fort. Subir encore l’humiliation… Souffrir. Et penser à Mahaut. Elle aurait été musicienne, au moins un peu. Juste assez pour qu’on rit tous ensemble sur une chorégraphie approximative de Don’t stop believing. Bien sûr, on l’aurait bien élevée, on aurait juste voulu qu’elle soit heureuse.

Les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. Se remettre à saigner. Se remettre à penser à Mahaut. Se dire qu’il est temps que tu vives cette histoire avec moi. Que tu dois savoir.

Et pourquoi pas… me prendre encore une fois dans tes bras. Et pourquoi pas… glisser ton nez dans mes cheveux.


Une fois encore j’ai vécu notre histoire toute seule. Une fois encore tu l’as choisie plutôt que moi. 

                                            A Bordeaux, le 14 août 2012


Juil 1

Dans tes bras

On dit que c’est une belle manière de se perdre que de se perdre dans les bras l’un de l’autre.

Et toi quand tu es dans ses bras tu te perds encore et toujours, tu sens le temps qui s’arrête, tu respires le doux parfum du bonheur. En quelques secondes tu es perdue… comme frappée d’amour tu tombes dans ses bras.

Encore et toujours tu comptes les secondes, la première est toujours celle qui t’effraie le plus, celle où tu te demandes comment ça peut se finir, comment ça peut commencer… tu devines dès cette seconde le fil de ton coeur qui te ramène inlassablement au sien, encore.

Encore et toujours tu comptes les secondes, la seconde est toujours celle qui te fait oublier les promesses, celle où ta tête s’envole vers le ciel tandis que ton coeur descend aux enfers… tu sais à cette seconde que le bonheur est dans la pente, encore.

Encore et toujours tu comptes les secondes, la troisième est toujours celle qui te renvoie à sa chair, tu sens ton corps se serrer plus prêt contre lui, ta bouche qui cherche son cou pour l’emmener avec toi dans ce voyage interminable… tu comprends à cette seconde que le temps n’existe pas encore.

Encore et toujours tu comptes les secondes, celles qui suivent sont toujours éternelles et infinies, celles où tu es définitivement perdue alors que tu n’es plus ni un corps, ni un esprit, ni un coeur… tu espères à cette seconde n’être plus rien puisque vous êtes tout, jusqu’à la prochaine, encore.

Encore et toujours tu comptes les secondes, la dernière est toujours celle qui te libère, celle où tu desserres ton étreinte pour le regarder dans les yeux, et sentir qu’une fois encore l’union se fait alors que vous devez vous séparer… et sentir qu’une fois encore tu as tout inventé dans ses bras.

Jusqu’à la prochaine.

                                                                          A Paris, le 27 juin 2010


Jui 21

Je suis une île

On dit qu’il est impossible de se mentir à soi-même, on dit que la mauvaise foi reste malgré tout la foi en quelque chose, et qu’on ne peut jamais accepter de scinder sa conscience. On dit aussi que « Je est un autre », que le cuivre qui devient clairon n’a pas conscience de sa transformation.

Alors pourquoi tu t’entêtes à me mentir ? Tu refuses de t’avouer ce que tu me montres chaque jour, à mi-mots, ce que tu montres à tous sans vouloir te l’avouer. Tu dis que tu es une île que personne ne saurait pénétrer, une jungle hostile où il ne fait pas bon poser ses valises. Et pourtant tu les appelles ces valises. Et pourtant tu refuses de rester seul. Et pourtant la simple idée de passer une autre soirée face à toi-même te dégoûte. Alors tu cherches ailleurs, tu poses des jalons pour pouvoir passer plus de temps avec d’autres. Tu cherches des substituts de présence, des ersatz de compagnie, et pense ainsi multiplier les ouvertures sans jamais pénétrer quoi que ce soit. Tu dis que le seul moyen de te toucher c’est par le biais des caresses que l’on te donne, que le seul moyen de te rencontrer vraiment c’est par la sexualité. D’ailleurs, tu dis même que le sexe c’est tout ce que tu as offrir. Rien d’autre. Du sexe et un bon moment, bref et éphémère… bref.

Mais tu ne sais pas mentir. Ni à moi, ni même à toi. Tes caresses ne sont pas celles de celui qui se perd dans le délire des sens, elles sont celles de celui qui veut se prouver quelque chose. Avec toi rien n’est récréatif, ou ludique… tout n’est que tensions… tout ce que tu donnes c’est ce refus de t’avouer que non, tu n’es pas un Don Juan, que non tu ne pourras jamais multiplier les conquêtes et ouvrir ton lit à d’autres. Ton lit, il ne se partage pas… et d’ailleurs il n’est pas partagé. C’est un lit deux personnes, et vous êtes déjà deux.

Alors pourquoi tu t’entêtes à lui mentir ? Tu l’aimes, admet le et cesse ce jeu malsain de l’indépendance et du refus de l’autre. Accepte cet état de fait.

Et ne reviens pas vers moi.

                                                              Ailleurs, le 16 juin 2010.


Jui 18

Private-Tweet

Private-tweet : tweet destiné à une seule personne publié sur la TL sans mention du destinataire. Forme de discours tendant à laisser croire à la personne concernée qu’elle est spéciale et a un statut particulier.

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mai 24

Vivre à l’hôtel

Montre-moi où tu vis, je te dirai qui tu es.

Bien ancrée dans mon petit studio du 5e depuis 5 ans, tout ici est pensé comme si je devais partir demain. Si une catastrophe devait s’abattre sur Paris, je peux évacuer les lieux en moins de 12h, jeter mes affaires dans quelques cartons, et partir sans me retourner. Douze heures, montre en main et pauses clopes incluses, l’ensemble de ma vie ici tient dans 6 cartons, pas un de plus.

Rien n’est fait pour qu’on puisse se dire « quelqu’un vit ici ». Ici ce n’est qu’un lieu de vie. Ni photo, ni bibelot. Les murs blancs jaunissent uniformément au rythme des cigarettes écrasées dans le cendrier.

Seul signe extérieur de sociabilité, les bouteilles d’alcool bien rangées dans un placard qui est une honte à la sobriété. Du whisky pour les garçons, du muscat pour les filles, et du champagne pour ceux que j’aime.

Ici il n’y a que le strict nécessaire : Radiguet, Sade, Goethe et Baudelaire. Quelques papiers et surtout rien qui puisse m’encombrer. Sauf les chaussures, bien sûr. Une quinzaine de paires. Autant de bottes de sept lieues qui me promènent à travers la ville, mais qui me ramènent toujours ici, sans même y penser.

Ici, où l’armoire n’est qu’à moitié pleine, où un rayonnage reste toujours vide au cas où tu veuilles y poser quelques affaires, pour une durée plus ou moins déterminée. Que tu prennes du thé, du café, du chocolat, avec ou sans sucre, tu auras au moins ton petit-déjeuner. Servi au lit. Toujours. Le room-service est compris.

Et en guise de livre d’or, il y a mon petit carnet noir.


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